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Une petite porte wisigothe ou renaissance?

Murée d’un mauvais  remplissage de tuiles et de briques, la petite porte du mur nord de la nef mesure 90 cm de large sur 2 m 07 de haut. Deux jambages saillants décorés de motifs géométriques comportant : losanges, cercles ou besants disposés en désordre. Ils supportent deux chapiteaux à volutes d’inspiration antique sur lesquels on peut reconnaître à droite une figure humaine assez abîmée, à gauche une tête de taureau représentée les cornes en avant.

La figure humaine est surmontée d’une inscription ou graffiti où on croit reconnaître: Gomgodz, à droite aussi un semblant d’inscription trop abîmé  pour être déchiffré.

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Le cadre intérieur de cette porte est décoré d’une élégante moulure en doucine et l’ensemble surmonté d’une corniche denticulée à l’antique. Elle permettait d’entrer directement dans la chapelle de la vierge sur la façade Nord? Mais pourquoi faire? Par ailleurs, au derrière se trouve le mur séparateur des deux chapelles nord ?

On a peine à croire qu’elle était destinée à une église, tant le décor parait insolite et peu en rapport avec la religion chrétienne. Visiblement ce n’était pas sa destination première. La mémoire collective n'a pas souvenance d'un usage particulier .

La facture  et la richesse des motifs sculptés se verraient plutôt ornementer une demeure seigneuriale d’un personnage peu enclin à la sobriété!

La recherche des motifs représentés en relief cercles losanges volutes taillés en biseau formant un curieux phénomèe optique nous font penser à la sculpture  wisigothe.

Le cercle pourrait se référer aux chariots formés en boucle le soir à chaque étape, le losange à leur célèbre épée à double tranchant de section losangique.

Tout ceci nous amène à penser que nous avons affaire à un vestige d'une maison de chef Wisigoth. Pourquoi pas un certain Flatamar connu des historiens pour avoir donné le nom du village flatamaring, mais surtout des habitants pour avoir évincé du territoire les derniers oppresseurs de l'Empire romain. 

Cette référence était semble t'il connue à l’époque de la population locale et du maître d’ouvrage Arnaud de Grossoles. Il aurait pu vouloir incorporer ces éléments exceptionnels dans sa nouvelle église,  afin de les mettre en valeur pour témoigner des origines wisigothes du village, allant même jusqu'à faire reproduire naïvement les mêmes motifs sur les étranges lucarnes (1) de son château en 1540.

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Il faut rappeler qu’après la chute de l’Empire Romain, les wisigoths qui avaient créé un royaume de 418 à 507 et dont la capitale était Toulouse ont été nombreux à s’installer dans nos régions. Les toponymes en ens qui marquent leur passage ne manquent pas (Flamarens, Brugnens, Urdens, Pessoulens, Pitoulens etc…)  Le suffixe ens n’est autre que le germanique ing, ainsi Flamarens s’explique par le nom d’homme germanique Flatamar +ing. Ce suffixe qui a évolué en ensx rappelle la présence wisigothe dans la région tandis  que le latin villa qui suit un  nom d’homme serait plutôt d’origine Franque (2).

Contrairement au Romains, les Wisigoths ont toujours été bien accueillis des populations gasconnes, garants de l’ordre et de la sécurité. Les grands lignages Goths depuis longtemps mêlés aux familles locales sont toujourd là même après la mort du roi Alaric, heureux de vivre en une région où ils élèvent du bétail et des chevaux (3).

Une question demeure au sujet de la pseudo inscription au dessus de la tête humaine: "gongodz". S’agit-il d'un graffiti accidentel (4)? 

Faut-il y rechercher avec le radical gong le nom d’un haut personnage gothique: Gombaud évêque des gascons, frère de Guillaume Sanche, qui fut à la fois Comte et évêque d’Agen et de Bazas à la fin du Xe siècle par exemple? Ou plus simplement un riche propriétaire terrien  éleveur de bestiaux?

A travers cette antique ouverture, voilà un élément  important de notre patrimoine qui ne manque pas d’intérêt pour les amateurs d’histoire locale et qui mériterait dans un premier temps d'être mieux protégée et mise en valeur.

 1 - Maurice Bordes- Sites et monuments du Lectourois

2 - J. Lemoine  -Toponymie du Languedoc et de la gascogne

3 - Renée Mussot Goulard.- Les Gascons

4 - Renée Mussot-Goulard.- Les Princes de gascogne 

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Date de dernière mise à jour : dimanche, 04 march 2018